La retraite des professions libérales : un système à part, souvent mal compris
La retraite des professions libérales se distingue profondément de celle des salariés, des artisans ou des commerçants.
Médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, architectes, experts-comptables, notaires ou encore avocats exercent dans un cadre spécifique, avec des revenus souvent irréguliers et une plus grande autonomie dans la gestion de leur protection sociale et de leur avenir financier.
Contrairement aux salariés, les professions libérales ne relèvent pas du régime général de la Sécurité sociale, géré par la CNAV. Elles dépendent d’un régime obligatoire propre : la CNAVPL (Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales), à laquelle s’ajoute un régime complémentaire obligatoire spécifique à chaque profession.
Or, ces régimes présentent des caractéristiques structurelles moins favorables que le régime général des salariés : plafonds de cotisations limités, droits à retraite souvent insuffisants, faible taux de remplacement et forte dépendance à la valeur des points. Résultat : de nombreux professionnels libéraux découvrent tardivement que leur future pension sera très inférieure à leur niveau de revenus en activité.
Dès lors, comprendre les particularités du régime de retraite des professions libérales devient indispensable. Mais surtout, une question centrale se pose : quelle stratégie patrimoniale mettre en place pour préparer efficacement sa retraite lorsque l’on exerce en libéral ?
C’est précisément l’objectif de cet article : dresser un état des lieux clair du fonctionnement des régimes de retraite des indépendants, puis identifier les leviers concrets à activer pour sécuriser et optimiser son avenir financier.
Les particularités de la retraite des professions libérales
Les professions libérales regroupent un ensemble de métiers exercés, pour la majorité, de manière indépendante, soit en entreprise individuelle, soit en société, sous le statut de travailleur non salarié (TNS). Elles se distinguent par une forte autonomie professionnelle, mais également par un cadre social et retraite spécifique.
On distingue traditionnellement deux grandes catégories de professions libérales :
Les professions libérales réglementées, relevant principalement des secteurs médical, juridique et technique : médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, vétérinaires, pharmaciens, notaires, avocats, experts-comptables, architectes, etc.
Les professions libérales non réglementées, souvent rattachées aux domaines des sciences, du conseil ou de l’art, comme les maîtres d’œuvre, consultants, guides de haute montagne ou formateurs indépendants.
Quel que soit le secteur d’activité, l’exercice en libéral implique une organisation sociale différente de celle des salariés, notamment en matière de retraite.
Les régimes de retraite des professions libérales : base - complémentaire - supplémentaire
La retraite des professions libérales s’articule autour de trois niveaux :
Un régime de retraite de base obligatoire, commun à l’ensemble des professions libérales
Un régime complémentaire obligatoire, propre à chaque profession
Des dispositifs de retraite supplémentaire, reposant sur la capitalisation (PER, assurance vie, immobilier, etc.)
Le régime de base est géré par la CNAVPL, il fonctionne selon un système par répartition et par points, identique pour tous les professionnels libéraux. Les droits à la retraite sont calculés selon la formule suivante :
Pension = nombre total de points acquis × valeur du point
La valeur du point est fixée annuellement et peut évoluer dans le temps. Les plafonds de cotisation limitent mécaniquement l’acquisition de droits, en particulier pour les hauts revenus.
Les sections professionnelles et les régimes complémentaires
La CNAVPL s’appuie sur dix sections professionnelles, correspondant aux grandes catégories de professions libérales (médecins, auxiliaires médicaux, experts-comptables, architectes, etc.).
Ces sections — telles que la CARMF, la CARCDSF ou la CARPIMKO — assurent :
la gestion du régime de base pour le compte de la CNAVPL ;
la gestion du régime complémentaire obligatoire ;
la fixation annuelle de la valeur du point complémentaire ;
la détermination des cotisations « retraite » et « invalidité-décès ».
👉 Les règles des régimes complémentaires varient fortement d’une section à l’autre, ce qui explique une forte hétérogénéité des pensions entre professions libérales.
Calcul des cotisations sociales et des droits à la retraite
Les cotisations au régime de base sont proportionnelles aux revenus professionnels, selon deux tranches indexées sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) :
Tranche T1 : 8,73 % jusqu’à 1 PASS
Tranche T2 : 1,87 % jusqu’à 5 PASS
Au-delà de 5 PASS : aucune cotisation supplémentaire
Les cotisations sont appelées à titre provisionnel sur la base des revenus de l’année n-2, puis régularisées lorsque les revenus définitifs sont connus.
💡 Point clé : attention donc au plafonnement des droits qui limite la constitution de droits futurs.
Les défis spécifiques de la retraite des professions libérales
La retraite des professions libérales présente plusieurs contraintes structurelles :
Revenus irréguliers, dépendants de l’activité économique et du cycle professionnel
Faible taux de remplacement, en moyenne autour de 35- 40 %, contre 60 -75 % pour les salariés
Protection sociale réduite, voire très réduite (maladie, invalidité, maternité, décès)
Dépendance accrue à la valeur des points, susceptible d’évoluer à la baisse
💡 Le faible taux de remplacement s’explique par des cotisations globalement moins élevées tout au long de la carrière, mais aussi par des plafonds de droits plus contraignants.
Quelles stratégies mettre en place pour préparer sa retraite en tant que professionnel libéral ?
Pour compenser les limites du système obligatoire, il est indispensable de mettre en place une stratégie patrimoniale globale, articulée autour de trois axes :
Sécurisation de la trésorerie
Capitalisation long terme
Optimisation fiscale
Avant tout investissement, la constitution d’un fonds de sécurité est essentielle. Pour un professionnel libéral, ce matelas doit généralement représenter 6 à 10 mois de dépenses courantes, afin d’absorber les aléas d’activité.
Le Plan d’Épargne Retraite (PER)
Le PER individuel, issu de la loi Pacte, offre un cadre spécifique particulièrement adapté aux professions libérales :
déduction des versements du revenu imposable ;
plafond de déduction majoré pour les travailleurs non salariés ;
sortie possible en capital et/ou en rente à la retraite.
Le PER permet un levier fiscal puissant lorsque la tranche marginale d’imposition est élevée, à condition d’anticiper la fiscalité à la sortie.
💡 À l’inverse, lorsque la TMI est faible, d’autres enveloppes plus flexibles peuvent être privilégiées.
Assurance vie : un pilier de la retraite des professions libérales
L’assurance vie constitue l’une des enveloppes les plus efficaces pour préparer sa retraite :
grande souplesse de gestion ;
accès à des supports diversifiés (fonds euros, actions, obligations, immobilier) ;
fiscalité attractive sur les revenus ;
outil privilégié de transmission.
Elle permet de capitaliser progressivement tout en conservant une disponibilité partielle de l’épargne.
Immobilier, SCPI et capitalisation long terme
L’immobilier, qu’il soit détenu en direct ou via des supports collectifs (SCPI), constitue un levier patrimonial important :
utilisation de l’effet de levier du crédit ;
constitution de revenus complémentaires ;
diversification du patrimoine.
Le choix du mode de détention, du régime fiscal et du niveau d’endettement doit être finement calibré selon la situation professionnelle et patrimoniale.
Le Plan d’Épargne en Actions (PEA)
Le PEA est une enveloppe d’investissement dédiée principalement aux actions européennes (et fonds éligibles), particulièrement pertinente pour les professions libérales qui souhaitent se constituer un capital sur le long terme en vue de générer des revenus complémentaires à la retraite.
Ses principaux atouts :
Fiscalité avantageuse à long terme : après 5 ans de détention, les gains (plus-values et dividendes) sont exonérés d’impôt sur le revenu (hors prélèvements sociaux), ce qui en fait un outil efficace de capitalisation.
Souplesse : contrairement au PER, le PEA n’est pas bloqué jusqu’à la retraite (même si des règles s’appliquent avant 5 ans).
Dynamisation du patrimoine : le PEA permet d’exposer une partie de l’épargne aux marchés actions, avec un potentiel de performance supérieur sur longue période (en contrepartie d’une volatilité plus élevée).
Complément cohérent du PER : le PER apporte un levier fiscal à l’entrée (déduction), tandis que le PEA vise surtout l’optimisation fiscale sur les gains à long terme.
💡 Point de vigilance : le PEA est une enveloppe orientée actions. Il doit être intégré dans une allocation globale, avec une part sécurisée (fonds de précaution) et une diversification suffisante pour limiter le risque.
Fiscalité des revenus et structuration patrimoniale
La fiscalité du professionnel libéral dépend de son mode d’exercice :
Entreprise individuelle : imposition à l’impôt sur le revenu (BNC/BIC)
Société : imposition à l’IS, puis taxation de la rémunération ou des dividendes
La structuration juridique et fiscale peut ouvrir la voie à des stratégies avancées (optimisation des flux, capitalisation, transmission), sous réserve d’un accompagnement rigoureux.
Anticiper sa retraite avec une stratégie patrimoniale sur mesure
Pour un professionnel libéral, la retraite ne peut se limiter aux seuls régimes obligatoires.
Le faible taux de remplacement et l’irrégularité des revenus imposent une approche proactive, fondée sur la capitalisation, la diversification et l’optimisation fiscale.
🧭 QM Patrimoine accompagne les professions libérales dans la construction et le pilotage de leur stratégie retraite, en intégrant l’ensemble des dimensions financières, fiscales et patrimoniales, dans une logique de long terme.



